Chez Haribo, bonbons amers pour les intérimaires

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Chez Haribo, bonbons amers pour les intérimaires

Message par Admin le Lun 3 Juin - 10:26

À eux trois, ils totalisent près de 500 contrats d’une semaine. Trois anciens intérimaires du site Haribo d’Uzès (Gard), face au refus obstiné de leur ancien employeur de les embaucher en CDI après des années d’ancienneté, ont décidé de saisir les prud’hommes pour dénoncer le recours abusif aux contrats précaires.

Sylvain L., Jilali Z. et Jimmy M. font frémir l’imposante entreprise familiale Haribo, rendue célèbre pour sa production de bonbons. Il y a trois mois encore, ces trois intérimaires travaillaient sur le site Haribo d’Uzès. Située dans le sud de la France (Gard), cette usine a obtenu sa renommée dans la production de dragées popularisées sous le nom de Dragibus. L’entreprise est le premier employeur privé de la ville et rayonne dans le bassin alésien.

Plus rien à perdre

À eux trois, ces intérimaires ont cumulé près de 500 contrats de mission à la semaine. Une situation qui n’était plus tenable et menaçait à tout instant de cristalliser leur révolte : « Lorsque nous avons appris qu’il y avait un risque réel que l’entreprise ne fasse plus appel à nous après tant d’années de bons et loyaux services, c’était la provocation de trop », amorcent les intéressés. Et d’expliquer : « Nous avons tenté une négociation à l’amiable avant de décider de saisir les prud’hommes. Malgré nos tentatives répétées d’obtenir une situation stable dans l’entreprise et en dépit de la satisfaction dont on faisait l’objet, la direction nous a opposé un refus clair. Nous n’avons plus rien à perdre. »

Les trois intérimaires d’Haribo sont défendus par Jean-Gabriel Monciero, jeune avocat nîmois spécialisé dans le droit du travail. « J’ai trouvé les salariés dans un état psychologique déplorable », témoigne-t-il. « Notre moral a été au fil des années affecté par des promesses d’embauche en CDI non tenues. Promesses reconduites de mois en mois et d’année en année. Nous avons décidé de briser le silence sur ce système vicieux, mensonger… qui nous maintenait dans une instabilité permanente en plus de trahir nos attentes », confirme Jimmy, vingt-huit ans, dont neuf d’intérim à l’usine de production d’Uzès. « Stratégiquement, on apprenait quinze minutes avant la fin du poste si notre mission était renouvelée. Une façon de nous maintenir constamment sous pression. Dans l’assurance que, si nous n’étions pas performants jusqu’à la dernière minute, c’était la porte ! Nous avions la boule au ventre chaque vendredi. Chacun se demandait : va-t-on pouvoir payer notre loyer et nos charges ce mois-ci ? »

Juridiquement, deux enjeux sont sur la table. D’une part la « requalification des contrats de missions en CDI », d’autre part « le rappel de salaires au titre des périodes non travaillées ». « Entre 2004 et 2013, nous nous sommes mis totalement à disposition de l’entreprise, quitte à refuser d’autres propositions de mission, explique Jilali, trente-trois ans, intérimaire depuis 2007 pour Haribo. Quand nous n’étions pas chez Haribo, on était suspendu à un coup de fil de l’entreprise. On devait se rendre disponible du jour au lendemain. » Ces périodes d’attente chômées ont induit une précarité insidieuse. Leur avocat a tenté d’évaluer le préjudice économique de ces « semaines blanches ».

Tâches les plus ingrates

« Nous avons tout fait pour nous rendre irréprochables. Nous étions volontaires et acceptions les tâches les plus ingrates, comme le fait de tamiser l’amidon, nettoyer les étuves… Nos compétences et notre ancienneté justifiaient un passage en CDI. Il n’en a rien été ! Pour les embauches à venir, il nous a été pourtant dit que la priorité serait donnée aux anciens », accuse Sylvain, vingt-neuf ans, qui a occupé cinq ans un poste d’intérimaire chez Haribo.

Cette insécurité a pesé lourd sur leur vie quotidienne. « Le plus pénible a été l’impossibilité de me projeter dans l’avenir, de faire vivre un projet. Notre statut nous interdit par exemple de souscrire un crédit à la consommation ou de devenir propriétaire », condamne Sylvain. « J’ai perdu ma mère il y a six mois. Pour honorer les frais de succession de la maison familiale qui s’élevaient à 15 000 euros, j’ai fait une demande de crédit qui a été refusée. Les banques exigeaient trop de garanties, je cumule aujourd’hui des remboursements et des crédits nocifs. Cela dans un contexte où mon horizon, c’est le chômage », insiste-t-il.

Un surcroît d’activité constant

L’amertume de ces salariés attachés à leur entreprise est d’autant plus vive que l’enseigne Haribo est une société florissante, qui affiche ostensiblement sa réussite (voir ci-contre). Elle doit ainsi faire face à un surcroît d’activité, non pas temporaire mais constant. « Pour honorer la hausse de ses commandes, elle fait appel à des intérimaires qui représentent, selon les périodes, entre 20 et 30 % de la masse salariale totale », établit Jerôme Maurin, délégué syndical CGT sur le site d’Uzès. Sans ces personnels, les quantités réclamées par ses clients ne pourraient être « absorbées ». Or, d’après les textes de loi, « l’employeur ne peut avoir recours à des missions d’intérim pour pourvoir durablement à un emploi lié à l’activité permanente de l’entreprise », précise Me Monciero.

« La direction estime qu’
Haribo fait vivre par ce biais 80 familles, nous considérons qu’elle fait mal vivre 80 familles. Ces intérimaires peuvent être révoqués facilement et ne sont pas en situation de pouvoir lutter pour la défense de leur emploi », défend Jérôme Maurin. 
L’action syndicale n’est pas mieux respectée que les revendications salariales. Les salariés qui 
élèvent la voix sont exposés à différentes formes de railleries – du type « on te retrouvera pendu à une machine ! » – et d’intimidations fréquentes. « Un salarié titulaire est allé manifester dernièrement avec la CGT, ils ont viré aussitôt sa femme intérimaire qui travaillait 
dans l’entreprise, indique le délégué. Un intérimaire a demandé un entretien à la direction. Quand son chef d’atelier l’a appris, il n’a plus fait appel à lui pendant trois mois. »

A lire aussi: “Haribo, une société en très bonne santé”

Des pratiques courantes de chantage à l’emploi qui ont pu perdurer dans une région sinistrée économiquement. Le Gard a effectivement connu une désindustrialisation rampante. En ayant abusivement recours à l’intérim, Haribo tire profit d’un chômage endémique (l’Insee relevait au 4e trimestre 2012 un taux de chômage de 14 %). Un succès en demi-teinte semble toutefois se profiler pour le syndicat. À l’issue du dernier conseil de surveillance, face aux pressions syndicales et médiatiques, la direction envisagerait une série d’embauches dans l’année. Une première vague de 30 CDI pourrait rapidement profiter au site d’Uzès et à certains intérimaires. Pour Sylvain, Jilali et Jimmy, il faudra attendre l’audience prud’homale du 3 juin pour être fixés sur leur sort. Le courage de ceux qui ont osé allumer la mèche et rompre la quiétude du géant confiseur sera-t-il récompensé ?

Délocalisations dans le Gard: un lourd passif. Jérôme Maurin, délégué syndical (CGT) du site Haribo d’Uzès, pointe le risque de délocalisation de secteurs de production pourtant bien portants dans sa région. Tout d’abord pour 
son site, pour lequel il craint, à moyen terme, 
une mise en concurrence avec une usine 
qui sera implantée prochainement en Hongrie. Ce qui « pourrait entraîner un gel du processus d’embauche dans les sites français », explique-
t-il. « Avec la dictature de l’euro/tonne, devenue la norme (la tonne de production est estimée 
à 1 000 euros en France contre 600 euros 
en Hongrie) », argumente le syndicaliste, 
il y a un risque que le groupe allemand favorise la production en Allemagne plutôt qu’en France. Les salariés ont encore en mémoire la fermeture de l’entreprise Jallatte, spécialisée dans la fabrication de chaussures de sécurité. « Elle est passée sous contrôle total du groupe industriel Italie JAL, à capitaux américains (majoritairement détenus par Bank of America et Goldman Sachs – NDLR) ». L’activité a été progressivement délocalisée en Tunisie, entraînant la suppression de plusieurs centaines d’emplois. Le bassin de Nîmes et Beaucaire constitue le premier bassin industriel de la région, avec 15 000 salariés. Or, selon l’Insee, « 67 % des salariés de l’industrie dépendent d’un centre de décision situé hors du département 
et 24 % d’un centre de décision étranger ».

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